corsetsgauche.php

 

Accueil

Tout, tout, tout sur le corset

Nos corsets :

- Victorien court

- Victorien long

- Belle Epoque

- 18e siècle

 

Les mariées de Volute :

- Les romantiques

- Les baroques

- Les atypiques

- Les 18e siècle

La boutique

Contact

Liens

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.

Tout, tout, tout

sur le corset



 L'évolution du corset en images  -  Histoire du corsetier  -  Porter un corset aujourd'hui

.

.


Histoire du métier de corsetier

par Caroline Garoscio

 

Voici la version longue d'un article que j'ai eu l'occasion d'écrire sur le métier de corsetier

pour les éditions Hachette. Une version simplifiée plus courte (je ne disposais que de peu de place !)

a été publiée en septembre 2007 dans un fascicule Hachette Collections

sur la généalogie et la vie de nos ancêtres.

Je donne ici libre court à la version complète.

 

 

Apparu à la Renaissance, le corset baleiné modèle d’abord le corps de la noblesse ; il signifie la « droiture » et la fermeté d’âme et de mœurs de ceux qui se veulent distincts de la société qu’ils régentent. Bien entendu, la mode est vite imitée dans les milieux bourgeois ; aux XVIIe et XVIIIe siècle une bonne part de la population en porte, jusqu’aux milieux les plus populaires dans une version plus simple et peu baleinée. Les femmes du peuple qui veulent imiter les grandes dames sont moquées par les caricaturistes, mais tolérées.

Brièvement éclipsé par la mode Empire, le corset revient en force dès les années 1820, sous une forme très différente cependant, et ne cessera d’évoluer jusque dans les années 1920 où il se transforme en gaine.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, à peu près toutes les femmes portent un corset ; mais les ouvrières, paysannes et petites commerçantes ne le portent souvent que comme le « soutien » jugé indispensable au dos, qui sinon sera bossu, aux seins et aux fragiles organes internes féminins : il n’est pas porté très serré, n’affinant que très modérément la taille. Il est vraiment perçu comme une sorte d’ « exosquelette ». Le port du corset très serré est réservé à une élite sociale et mondaine – et à celles qui veulent l’imiter.

Le métier de corsetier a connu autant d’évolutions que le corset de changements de forme et de sens social.

 

 

Le tailleur de corps

C’est à partir des XVIIe et surtout XVIIIe siècles que l’on possède des documents complets sur le métier de « tailleur de corps » (le mot de « corset » n’existe que depuis le début du XIXe siècle ; auparavant on parlait de "corps baleiné"). Il s’agit d’un artisan spécialisé – les tous premiers fabricants de corsets de la Renaissance ayant sans doute été des tailleurs plus généralistes. La profession, rapidement organisée en corporation, était au départ réservée aux hommes : on considérait qu’une femme n’avait pas la force manuelle nécessaire au difficile travail d’insertion de fanons de baleines dans les multiples fourreaux du corset. Il s’agissait aussi et surtout d’une sous-catégorie du métier de couturier assez estimée, très qualifiée et bien rémunérée, et comme bien souvent, en conséquence fermée aux femmes, contraintes aux travaux de couture moins bien payés…

Cependant, rétorquant qu’il était inconvenant que des hommes prennent les mesures intimes du corps nu ou presque des clientes, leur fassent les essayages… les couturières finissent par se forger une place grandissante dans la profession, qui leur est ouverte à partir de 1675 par décret.

L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert a consacré un chapitre entier aux techniques de la corseterie, qui comprend des dessins et patrons simplifiés très intéressants.

Du XVIe au XVIIIe siècle, malgré quelques variantes (décolleté plus ou moins haut, droit ou arrondi ; avec ou sans bretelles, avec ou sans petits panneaux décoratifs en bas), la forme essentielle du corps à baleines reste la même : il modèle tout le torse en un cône régulier, depuis la poitrine, qu’il remonte très haut et très pigeonnante, jusqu’à la taille, où il s’arrête net. Composé de plusieurs épaisseurs de tissus, il est rigidifié par un grand nombre de vrais fanons de baleines et, sur le devant, par un « busc », pièce de bois, de métal ou d’ivoire de plusieurs centimètres de large qui maintient le buste bien érigé et est souvent amovible pour les repas.

Le busc est souvent offert par un soupirant à sa belle, dans les milieux populaires comme nobles ; il est alors gravé de motif naïfs ou de vers galants. Cet objet joliment orné, preuve d’amour, peut être posé près de soi sur la table quand on mange, dans les salons du beau monde en tout cas…

En plus du corps à baleines, de sa version bourgeoise la plus simple et relativement peu baleinée à sa version d’apparat pour les dames de la Cour, dans de plus beaux tissus (bien que ce soit toujours un sous-vêtement, non visible) et très fortement baleinée (toujours cette idée du corps fortement maintenu et domptant la nature par l’art, comme doivent l’être les manières et les mœurs), il existait pour toutes une version de repos, dépourvue de baleine et généralement faite de lin ou coton blanc résistant, dite « corps blanc ».

 

 

Changement de forme

La fin de l’Ancien Régime entraîne une brève mode d’inspiration gréco-romaine, qui vêt les Merveilleuses de quelques voiles légers (y compris au coeur de l’hiver !) et place la taille juste sous les seins. Très rapidement, l’absence totale de support se fait sentir, d’autant que toutes les femmes n’ont pas la silhouette juvénile réclamée par cette mode exigeante, et l’on trouve divers systèmes : bandages sur les seins, écharpes de maintien… Rapidement, sous Napoléon, les robes reprennent une épaisseur plus portable, redeviennent plus complexes et ornées, tandis que la taille, encore haute, redescend un peu plus près de sa place naturelle. Les corsetiers, mis aux abois par ce chômage prolongé, rivalisent alors de créativité pour proposer une forme nouvelle.

Le corset nouveau des années 1820 est plus en forme de sablier, en courbes ; innovation, il englobe les hanches, ce qui permet de mieux et plus confortablement affiner la taille que quand il s’y arrêtait net, et il épouse et soutient la poitrine plus qu’il ne la pousse vers le haut.

Au fil du siècle il ne cesse d’évoluer, devient très court (1850), puis très long (1880) en fonction des silhouettes à la mode ; la couleur fait une percée timide vers 1860-70 (avant ils étaient blancs, écrus ou beige) avant d’exploser vers 1880-90 : rouge, pourpre, bleu roi, or, tissus brodés à motifs… En 1901 la créatrice Inès Gache-Sarraute crée un changement radical, le « corset droit devant », taillé très différemment. Les reins très cambrés, les hanches larges et projetées en arrière, le devant du buste parfaitement droit avec une poitrine très pigeonnante : voilà la silhouette typique qu’il donne aux élégantes de la Belle Epoque. Mais 1914 vient frapper l’industrie de la mode et de l’élégance…Dès lors le corset ne cesse de « descendre », quittant la poitrine pour l’estomac, les hanches pour les cuisses, et se transforme peu à peu en la gaine élastique qui accompagna les femmes jusque dans les années 1960.

 

 

Une révolution industrielle

Avec l’industrie de l’acier, le corset quitte les fanons de baleine traditionnels et le busc en bois ou ivoire, pour des « baleines » d’acier flexibles et une innovation fantastique : le busc ouvrable à crochets, en acier lui aussi, qui permet d’ouvrir et fermer son corset par devant, avant d’ajuster rapidement le laçage derrière, et ainsi de se lacer seule, ce qui était possible mais long et difficile avec les corsets fermés devant. Comme il avait en bonne partie fait vivre l’industrie baleinière, il fera les beaux jours de la métallurgie… Si cela peut sembler un emploi marginal du métal, par rapport aux rails de chemin de fer par exemple, qu’on songe que lors de la Première Guerre mondiale, tous les belligérants ont incité les femmes à ne plus porter de corset afin de consacrer l’acier à la fabrication d’armes… et que cela a permis d’économiser plusieurs dizaines de tonnes d’acier pour chaque pays !

A la fin du XIXe siècle, l’arrivée de nouvelles matières comme le caoutchouc est immédiatement intégrée en goussets élastiques aux hanches et parfois à la poitrine.

De nombreux inventeurs ne cessent de déposer des brevets sur leur modèle de corset, plein d’innovations « hygiéniques »… qui en pratique ne passent jamais à la postérité.

Signe des temps, l’artisan qualifié est bien souvent devenu une ouvrière d’usine : la quasi-totalité de la population féminine portant des corsets, qu’on renouvelle une à plusieurs fois par an, c’est une industrie florissante. On trouve une vraie hiérarchie des métiers dans ces usines : au plus bas, les poseuses d’œillets et enfileuses de baleines, puis les couturières et brodeuses, puis les patronnières et poseuses de biais.

Restent cependant quelques artisans, hommes et femmes, en ville, qui servent plutôt une cliente aisée en sur-mesure tandis que les corsets massivement distribués par les usines le sont bien sûr en taille standard – un point intéressant : les corsets ont été un des premiers éléments de vêtements à être produits en série en taille standardisés.

Il existe quelques corsetiers et corsetières « stars », les vieilles maisons bien installées dans les grandes villes, ou les rares dont les brevets ont bien marché, par exemple Inès Gache-Sarraute ou la non moins célèbre Herminie Cadolle, qui inventa à Paris en 1889 le mini « corselet-gorge » baleiné, ancêtre de notre soutien-gorge…

 

 

Oppression ou droit à la singularité ?

Le corset n’a pas été l’instrument d’oppression des femmes par les hommes que l’on croit trop souvent… Bien au contraire, nombreuses sont les autorités masculines qui au fil des siècles n’ont cessé de fulminer contre lui, et surtout contre le « tighlacing », c’est-à-dire le fait de le serrer beaucoup pour avoir une taille de guêpe (il n’existe pas d’équivalent français à ce mot, on disait simplement des femmes qui le pratiquaient qu’elles « se serraient ») : le clergé, qui ne critiquait pas tant le fait que l’on déforme « l’œuvre de Dieu » que la supposée coquetterie satanique des femmes ; les médecins, qui se déchaînèrent à la fin du XIXe siècle, lui attribuant tous les maux les plus saugrenus, de l’hystérie à la tuberculose en passant par les migraines et les maladies du foie (alors qu’en pratique le tighlacing peut provoquer au plus quelques problèmes de digestion et constipation…) ; à toutes les époques, la haute et moyenne société a unanimement critiqué son emploi par les populations modestes, qui osaient ainsi marcher sur leurs plates-bandes d’élégance et d’éternelle jeunesse…

Il semble bien que l’emploi du corset, et justement, en particulier, la pratique du tighlacing, ait représenté pour de nombreuses femmes un moyen détourné de vivre leur droit à la sexualité (l’objet était déjà fétichisé à l’époque, bien que plus troublement et inconsciemment, avant les théories freudiennes) et surtout à posséder leur propre corps : le reproche le plus souvent fait par les médecins mais aussi par les « progressistes » réformateurs du costume à la fin du XIXe siècle, était que l’emploi du corset, et surtout le tighlacing, était une monstruosité qui empêchait la femme de remplir sa principale fonction, son seul vrai but d’existence : porter des enfants. Les textes de l’époque sont terrifiants tant le ton et le vocabulaire pamphlétaire employés soulignent que le corps de la femme ne lui appartient pas, n’existe que comme « réceptacle » du foetus. Tout droit de regard sur son propre corps, sa propre sexualité, est nié et vitupéré : le ventre de la femme doit rester libre pour se remplir régulièrement. Quand les méfaits du tighlacing sont évoqués, il est troublant de remarquer que ce n’est jamais le confort ou la douleur de la femme en tant qu’individu qui sont évoqués, mais systématiquement, soit sa coquetterie satanique, soit sa coupable atteinte à « la santé de la race » en se rendant malade et en rendant malade son fœtus ou en lui interdisant l’accès à la vie.

La pratique du tighlacing pouvait donc être une façon, plus ou moins consciente, d’exprimer son droit à accéder à son propre corps, à exister en tant que femme et non seulement en tant que mère, et à avoir une forme d’auto-sexualité, fût-elle détournée. Certaines ont pu parfois utiliser un tighlacing très poussé et quotidien pour tenter d’avorter sans avoir recours aux dangereux services de la « faiseuse d’ange » et ses aiguilles à tricoter…

En somme, le corset était beaucoup plus complexe et plurisémique qu’on ne l’imagine aujourd’hui : pas toujours « dépossession » de son corps par une autorité (bien que certaines jeunes filles aient pu très mal vivre le port imposé par leurs mères), mais aussi, bien souvent, reprise de possession, envers et contre les critiques, de sa sexualité de femme et de son corps en général. Soumission, domination… aujourd’hui encore il oscille constamment, suivant les personnes et les situations, entre des signifiés très divers, bien moins univoques qu’une approche superficielle ne le laisse penser.

En tout cas, si le port du corset était quasiment obligatoire durant tout le XIX siècle, et dans une moindre mesure aux XVIIe et XVIIIe siècles, il ne l’était que comme « support » physique et supposément moral, comme maintien d’une relative sveltesse et droiture par opposition à une mollesse coupable ; la réduction importante de taille (qui est ce qu’on voit à tort aujourd’hui comme la normale de l’époque) était relativement rare et ne représentait pas une oppression consensuelle mais un choix tout personnel, souvent tenu ferme contre moult critique de tous bords.

 

 

 

Les corsets ne sont pas réservés aux femmes ! La silhouette non seulement svelte, mais aussi érigée et pleine de prestance qu’il donne, a aussi été très appréciée des hommes, des nobles de la Renaissance aux dandys du XIXe siècle (en particulier dans les années 1830), en passant par les… militaires (qui en portaient presque tous pour les revues), surtout les gradés qui faisaient pâmer les dames des salons par leur silhouette impeccable.

 

En pratique, les femmes réduisaient beaucoup moins leur taille qu’on ne le croit aujourd’hui (environ 5 cm), à part quelques élégantes, souvent critiquées dès leur époque comme trop coquettes… Le corset servait surtout à avoir une silhouette bien droite, juvénile plutôt qu’avachie, et très légèrement amincie, mais pas extrême. Un livre d’étiquette de 1880 suggère que la taille idéale est de 2 fois le tour de cou, soit généralement une soixantaine de centimètres.